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« Nuit de Noël du 24 décembre 1955 en Algérie »

 

Quand j'ai appris la mort du Général Bigeard en juin dernier mon esprit a tout à coup, fait un bond 55 ans en arrière et plus particulièrement en cette nuit de Noël du 24 décembre 1955.

 

 

 

 

engagement 1951 chasseur alpinsEn effet, en décembre 55 j'étais Sergent d'active au 17° BCP (qui en fait était un BCA ) et nous nous trouvions dans le secteur D'El Milia (Constantinois ) ou nous avions crapahuté de long en large et ce depuis le 13 août 1954 ou nous avions débarqué à Bone, mais pour bien comprendre il faut que je récapitule quelque peu juin 1951 je décide de m'engager et d'entamer une carrière

militaire, à cette époque j'habitais Sanary sur Mer ( Var) que JC Houlne connais bien, et hop direction Toulon Caserne Grignan fief du 4°RIC où se trouvais le bureau de recrutement. Je me présente, indique au civil qui était préposé aux engagements que je désirai m'engager - par devancement d'appel - au titre du 11°Bon de Choc Parachutiste - 11° BCP, passe la visite médicale à l'hôpital Ste Anne (Marine Nationale) et quelque temps après reçois mon acceptation d'engagement au titre du 11° BCA. Evidemment je suis quelque peu surpris par cette erreur, mais quand on à dix huit ans, je me dis bon on verra bien et badaboum direction Barcelonnette (04), et là tout s'enchaîne : PEG-Pon Sous-Officier à l’issue je suis nommé Sergent et affecté au 22°BCA à Nice-il faut dire qu’à cette époque un Sergent sortant du peloton ne retournait pas dans le Bon dont il était issu, mais dans un autre Bon de la 1/2 Brigade

1951-1952-peloton Sous Officiers 25°BCA à Villefranche su

peloton de sous-officiers 25°BCA Villefranche sur Mer


Je réengage au titre du 22° BCA en 1953 et début 1954 je suis désigné pour servir en Indochine et affecté comme cadre blanc, au 3°REI. Dans la foulée je pars effectuer un stage au Camp Marin à Fréjus, stage qui préparait au "séjour colonial" et qui sous la férule d’anciens d'Indochine n'était pas piqué des vers, mais quand on est jeune en forme et volontaire tout se passe bien. Le stage terminé je retourne à Nice et j’attends mon ordre de départ, et là tout bascule et ce pour la raison suivante.

 

Tout d'abord il faut se rappeler qu'en cette année 1954 le gouvernement de l'époque avait décidé d'envoyer le contingent en Indochine et que cette décision avait été ratifiée, donc je suis convoqué par le chef de secrétariat du chef de corps qui me dit que mon affectation au 3°REI était supprimée et que j'étais affecté au 17°BCP qui allait  être créée avec trois Bons Alpins le 11° (où je m'étais engagé ) le 22° (où je servais) et le 25° (ou j'avais effectué mon Pon S/Off), afin de rejoindre l'Indochine. Nous voilà partis pour Jausier la Condamine ou le Bon est mis sur pied, en juin nous partons pour le camp de Münsingen en Allemagne où nous nous entraînons durement, percevons notre nouvel armement américain, des coupe-coupe, harnachement "colonial" et tout le bataclan, sauf qu'entre temps, malheureusement, Dien Bien Phu était tombée, que le gouvernement ne nous envoyait plus en Indochine et que le Ministre de l'intérieur M. F. Mitterrand avait décidé, sur ordre Gouvernemental, de nous envoyer en Algérie où était entrain de se fomenter un début de rébellion qui durera jusqu'en 1962/1964.

 

A Münsingen nous apprenons donc que nous ne partons plus en "Indo" mais que nous allons rejoindre avec les deux autres Bons de la 8° Demi-brigade, les 10° BCP ( seul Bon de Chasseurs qui avait été envoyé en Indochine en unité constituée et qui s'y était illustrée de 1948 à 1952 en tant que 10° Bataillon Parachutiste de Chasseur a Pied -10° BPCP ) et le 4° BCP qui eux aussi auraient du rallier l'Indo. Au début du mois d'août 54 je suis désigne pour rejoindre Marseille, ma ville natale, avec l'élément précurseur et arrive au camp de Sainte Marthe pour préparer la venue du Bon, là nous changeons notre armement américain pour de l'armement français et le 12 août nous embarquons à la Joliette sur le Président de Cazalet et nous naviguons direction Bone où nous débarquons le 13 août 1954.

 

Le 15 août nous défilons sur le cours Bertagna, fanfare en tête au pas "chasseur" et nous suscitons l'attention des Bonois de voir une fanfare avec ses cors de chasse, la vitesse à laquelle nous défilons et aussi le fait que nous portions le béret alpin la fameuse " tarte " que nous avions eu l'honneur de conserver étant issus de trois Bons Alpins.

 

Le 19 août, le Bon fait route en direction de Souk Arras où nous allons séjourner et effectuer des opérations dites " du maintien de l'ordre « (quel euphémisme) avec les implantations des compagnies à Ain Seymour où se trouve le PC et où je suis cantonné en tant que chef de la section de protection du PC Bataillonnaire, un sergent et deux caporaux-chefs comme adjoints, 35 Chasseurs, 3 FM 24/29 du "lourd" pour un jeune Sergent et en plus 3 Mortiers de 81 MM, au cas où ( Au 22° BCA je servais à la CA comme chef de section de mortiers de 81 MM ), nous effectuions donc des Ope, mais seulement après que le chef de Bataillon, le Commandant de Lavergne de Tessa en ait demandé l'autorisation au représentant de l'Etat, Chef de la " Commune Mixte " que celle-ci ait été accordée et pour sublimer le tout être accompagné par les Gendarmes ou les CRS. Et voila le brave 17° dont le refrain était "Cre non d'un chien les voila biens partis cre non d'un chien les voilas bien " en train de crapahuter à travers la région- Borg Ben Menaou Sakiet Sidi Ben Youssef, Claire Fontaine, Ouenza, Ain Beida, Tebessa Khenchela, Taberga, Khanga Sidi Nadji, le Chelia ( 2328m ) le Massif des Aures, (un paysage lunaire), les Monts des Nemenchtas, Ouled Rhamoun, Ouled Rhamoun, Bordj Bou Arreridj, Mansoura les Bibans, les portes de fer, Bougie Les Gorges de Kerrata, Taher, Chekfa, et vers la mi-novembre 55, nous nous implantons dans le secteur d'EL Milia, presqu'île de Collo, où est également implanté le déjà célèbre 3°Régiment de Parachutistes Coloniaux,commandé par Le Colonel Bigeard.

 

Le PC de son Régiment était sur la cote 701 et nous avions effectué de conserve des opérations dans ce secteur difficile d'accès et où les fells étaient quand même en nombre.

 

Evidemment, au plan des résultats et des bilans le nôtre était à côté des leurs, au-dessous de la barre, car nous ne disposions pas des même effectifs, ni du même encadrement, ni du même armement. Chez nous une Compagnie tournait à 80/90, commandée par un Lieutenant, au plan radio seul le Commandant de Compagnie avait un SCR 300, les chef de section, dont moi, un talki walki 536, dont la portée était, sauf obstacles, de 500m et encore, chez les paras c'était quand même autre chose sur tous les plans, mais cela était normal car leurs missions étaient d'une autre nature et il faut rendre à César ce qui est à César

 

Il faut dire que les Paras du 3° RCP s'étaient distingués en octobre dans l'opération du Massif de l’Edough, il faut dire aussi que nous ne menions pas à proprement parler une guerre comme on le fait actuellement, mais des opérations dites de maintien de l'ordre et de pacification et aussi, assurer la protection des populations et des biens, et d'empêcher les rebelles de détruire les points sensibles, de faire rentrer les moissons et les vendanges, de garder les plantations d'oliviers, d'orangers et de mandariniers, de patrouiller dans les steppes et les massifs montagneux où sont implantés les "Wilayas ", et pour ce faire, on réhabilite les anciens fortins, on s'installe sur des pitons, on ouvre des pistes dans des endroits ignorés par la colonisation 1954, quand nous sommes arrivés c'était le Général Cherriere qui commandait en chef en Algérie, et il voulait aller vite frapper fort afin de mettre hors de combat les H L L ( les Hors la Loi en langage militaire ), quadriller mais les HLL étaient " du coin" et ils bénéficiaient, de grés ou de force, du soutien des musulmans, à qui ils faisaient croire que s'était une guerre sainte.

 

Enfin avant d'en arriver à cette nuit de Noël 1955, je voudrais dire que l'armée n'était en aucun cas une armée prétorienne, qu'elle s'était attaquée à des tâches multiples,nous nous étions adaptés à l'inconfort, avions partagé les dangers des accrochages très fréquents avec nos camarades mieux entraînés, là je pense au 8 octobre 1955 ou la 2° Compagnie de mon Bon avait été accrochée par une Mintaka, ce qui représentait grosso-modo l'équivalent de deux Compagnies, entre Chekfa et El Hanser. Vers 9h du matin, des l'alerte donnée le chef de Bon récupérait deux Compagnies de chez nous plus un AM M8 de la Gendarmerie Mobile de Taher et nous avons foncé sur les lieux de l'accrochage. A notre arrivée nous découvrions l'étendue du désastre, déjà 4 morts et 12 blessés, le commandant de Tressan prenait le commandement et nous accrochions dur les Hll, à mes côtés se trouvait le Sergent Leccia, qui avait fait le Pon S/Off avec moi, et tout à coup je le vois s'écrouler à deux mètres de moi, comme nous courrions j'ai cru qu'il s'était embronché et qu'il était tombé, je continuais donc ma progression à la tête de ma section, car nous avions reçu l'ordre de donner l'assaut et au cours de l'assaut, mon C/Chef, chef de mon équipe de voltige, qui était à mes côtés, le C/C Ziegler recevait une balle qui lui entamait le lobe de l'oreille droite et un de mes voltigeurun Ch Ti nommé Dukewitch, se prenait une balle à la hauteur des reins sans, heureusement pour lui toucher la colonne vertébrale. Vers quatre heures nous nous sortions de ce guêpier, mais le bilan était lourd, même si nous avions mis pas mal de Hll au tapis, 8 morts, dont mon copain Leccia tombé à mes côtés et 21 blessés.

 

Nous avons récupéré pas mal d'armement,assez hétéroclite il est vrai,la Mintaka avait décroché rapidement laissant ses blessés et ses morts sur le terrain,blessés que le Médecin Capitaine avait soigné au même titre que les nôtres,et à notre tour nous avons décroché et c'est en arrivant devant l'ambulance où je venais prendre des nouvelles de mes deux blessés (au cours de l'assaut mené de front avec tous les éléments,sauf l'AM M8,j'avais laissé sur place Ziégler,l'Alsaco et Dukewwitch le chti,aux mains de l'un des infirmiers du Bon,qui dispensait,sous la mitraille,les premiers soins)que j'appris la morts de mon camarade Jeannot Leccia,le Corse,avec qui j'avais fait mon Pon de S/Officier au 25°BCA et en plus de mes deux blessés ça m'a foutu un sacré coup au moral;et cela confirme ce que nous ressentions d'une manière assez confuse il est vrai,mais nous en étions conscients à savoir que la différence entre les troupes d'assaut et les unités dites de secteur,encore que vue nos pérégrinations constantinoises nous n'étions pas encore considérés comme troupe de secteur,n'étions ni dans le courage ni dans l'expérience de la vie militaire mais dans l'encadrement,mieux assuré chez les Parachutistes,que dans la majorité des unités d'infanterie.Mais je voudrais avant d'en arriver à cette nuit de la Nativité de 1955,faire un petit retour en arrière et revenir au 1er novembre 1954.

En fait c'est le 1er novembre 1954,appelé "la Toussaint rouge" qui fut la journée qui déclancha,en Métropole la prise de conscience qu'en Algérie,où se trouvaient trois Départements,(l'Algérois,le Constantinois et l'Oranais) qu'il se" passait quelque chose".


  Cette journée fut celle qui mis le feu aux poudres, celle où tout a commencé, celle où les "Fellaghas" entraient "officiellement en rébellion", encore que depuis notre arrivée nous avions déjà "accroché" d'une manière sporadique, puisque l'on devait, pour monter une Ope demander, comme je le disais précédemment, l'autorisation à Monsieur " l'administrateur de la Commune Mixte», sorte de Sous-Sous-Préfet qui dépendait du Ministère de l'Intérieur, mais le 1er novembre 54 fut la nuit et la journée où tout s'embrasa avec une série d'attentats meurtriers, 13 dans l'ensemble des trois Départements, celui de deux jeunes instituteurs M. et Mme Guy Monnerot en poste a Tiffelel mechta perdue entre Arris et Biskra, des bombes incendiaires, la Gendarmerie attaquée a Tigzirt, une 4cv mitraillée à Cassaigne le conducteur tué, le Commandant d'armes de Kenchela tué, ainsi que 3 soldats et 2 autres à Batna, des lignes téléphoniques coupées, des rafales de mitraillettes, bref d'Alger a Azazga,Boufarik, Tizi Ouzou, toute une série d'attentats qui changeront du tout au tout la façon d'utiliser les troupes dans ce que plus tard nous appellerons la "Guerre d'Algérie ".

 

 

Souvenir d'AFN-Vialar-2° séjour 1957-1961-Ouarsenis Orana

Souvenirs d'AFN-Vialar-2° séjour 1957-1961-Ouarsenis Oran

 

 

Voilà, tracé à grands traits la trame du départ de cette guerre, mais nous autres sur le terrain, je parle des petits gradés, ne savions presque rien de tout cela, à part quelques bribes d'informations plus ou moins fiables, mais nous sentions qu'un virage venait d'être pris, puisque plus question de passer par le "Sous-Sous-Préfet Administrateur de la Commune Mixte", pour monter nos opérations l'initiative en était confiée directement a l'autorité militaire, et nous étions plus libres, du moins notre "patron", pour monter diverses opérations, grenouillage, embuscade de nuit, escorte de convois, ouverture de routes, en corrélation et coopération avec les différentes unités du Secteur,"Paras-Artilleurs-51° Rgt d'infanterie Génie Train les 10° et 4°BCP etc…

 

Pour notre Bataillon le secteur d'activité était principalement axé vers le nord en direction de la presqu'île de Collo, car nous avions des Compagnies implantées dans les Beni-Fergen le M'Chatt, la 1° a Tenfdour, la 2° au marché d'Asfora, les 3° et 4° étaient par contre plus à l'ouest en direction de Catinat. Les opérations se succédaient les unes aux autres et nous arrivions, vaille que vaille, à la fin de l'année 1955, à la Noël ainsi qu'au 1er janvier 1956, je pensais mélancoliquement et avec un serrement au cœur, à mon épouse et nos quatre enfants restées ont Nice ( mon épouse était restée chez sa mère cela lui permettait de mieux supporter cette séparation, mais en tant qu'épouse de militaire elle savait pertinemment que des séparations étaient le lot des femmes de militaires et en 58 ans de vie commune, nous nous sommes mariés en 1952, elle n'a jamais "flanchées" se débrouillant pour que les enfants soient entourés d'affection, et élevés dans le sens du devoir) le 24  décembre, comme nous étions sortis la veille, je remettais de l'ordre dans ma section, vérifiant et faisant nettoyer l'armement, bref tout ce que doit faire automatiquement tout chef de section qui se respecte, discutant avec ses hommes, distribuant des bonnes paroles, les réconfortant en ces moments où les pensées des uns comme des autres vont vers ceux qui sont « restés là-bas ». Dans le courant de la matinée le Lieutenant Mais, mon commandant de Compagnie (la C.C.B ), un Savoyard pur jus, me convoque dans sa "cagna" et me dit, bien ce soir vous irez avec vos trois pièces de mortier de 81MM  (les fameux "au cas où ") renforcer une section des Paras qui a été mise en place près de l'hôpital, vous voyez où ?, je lui répondit, bien sur mon Lieutenant, bien OK, vous y serez amené vers 15h, avec un Dodge 6/6, et il ajoute, et n'oubliez pas de prendre vos rations individuelles. Sur ce, je récupère mes servants, leur explique la mission qui sera la nôtre et nous commençons à vérifier l'état du matériel, tube et son percuteur, plaque de base, appareil de pointage et les munitions, afin que tout soit impec et fonctionne " aussi sec " si nous devions en avoir besoin.

 

En début d'après-midi je rassemble mes hommes, vérifie que tout est en ordre, nous mettons les mortiers les munitions dans le 6/6 et nous nous dirigeons vers le lieu de notre mission A l'arrivée, je suis reçu par un Adjudant, auquel respectueusement je me présente, Sergent Munot, 17° Bon de Chasseurs, je suis détaché en renfort avec trois mortiers de 81 MM. Il me dit, bien fils (il était vraiment très sympa, je crois me souvenir qu'il s appelait Delaunay, mais 55 ans après la mémoire des noms s'effrite quelque peu) il nous présente à ses hommes, qui, en chœur, nous disent "salut les gars, bienvenue parmi nous et sur ce,  l'adjudant me dit, bien tu va décharger tout ton toutim  et nous allons voir où nous allons mettre tes mortiers. Eh, les gars vous allez donner un coup de main comme ça, ça ira plus vite. Pendant ce temps là, nous définissions l'endroit où ils seraient le mieux placés, en fonction de ou des objectifs à détruire ou neutraliser, ainsi que de la distance. (Le mortier de 81MM et une bouche à  feu à arme lisse pour le tir courbé, notamment sur des objectifs défilés et dont la portée est d'environ de 2800 à 310O mètres). Quand tout fut déchargé, rangé, mis en place à l'endroit choisi pour pouvoir lancer les obus dans les meilleures conditions, je commençais, avec mes servants et sous l'œil attentif du chef de section des Paras, à peaufiner les réglages des appareils de pointage, en fonction de la distance à atteindre (Ça s'appelle coincer la bulle) et quand tout fut terminé, réglé "aux petits oignons", puis nous nous sommes installés, j'allais avec mes hommes m'installer avec nos camarades Paras, les sentinelles étaient en place ainsi que les guetteurs qui "chouffaient" si rien d'anormal était à signaler, et tout en devisant il m'avait demandé si j'avais fait l'Indo et je lui avait tout expliqué de a à z, mon engagement au 4° RIC, ou j'avais demandé de servir chez les Paras et il m'a dit, là tu t'es fait "niqué le burnous», puis nous avons parlé des opérations faites dans le secteur, les déplacements en véhicules Jeep, GMC,6x6,4x4,souvent rendus inopérants à cause des "touches de piano" (les fells découpaient les pistes en tranches profondes, ce qui interdisait le passage de tous véhicules, et il fallait récupérer les hommes des douars environnant, quand il y en avait pour tout reboucher, bref le "merdier") du coup presque toutes les sorties opérationnelles étaient telles "pedibus-jambus", sauf quand il fallait assurer le ravito des diverses unités disséminées dans la nature, ce qui n'était pas de la « tarte ».

 

Tout en discutant, je regardais avec une attention soutenue la relève des sentinelles, une ronde menée avec une régularité métronomique, et dans mon fort intérieur je disais, tu vois Jeannot ça c'est du travail de pro, tout en sachant que de notre coté rien n'était laissé au hasard, j’écoutais nos camarades Paras et l'adjudant évoquer leurs souvenirs d'Indochine,ils étaient plusieurs a avoir effectué un séjour, des noms d'endroits ou ils avaient séjournés fusaient « dis donc tu te rappelle, «la plaine des joncs, le Tonkin, le Cambodge, la frontière de Chine, le Laos »  nous attendions que ça se passe ? J'avais également emporté des toiles de tente que nous avons placées sur les mortiers afin de les camoufler, il suffisait de les tirer pour se servir de nos pièces.

 

Il est évident que les "fells" avaient des "choufs" qui devaient se demander ce que nous fabriquions, mais deux précautions valent mieux qu'une, et je ne voulais rien laisser au hasard, d’autant plus que nous étions installés dans El Milia, pas loin de l’hôpital, dans ce qui était un espèce de hangar, les mortiers étaient à l'extérieur, ce qui était normal, mais nous,  nous étions à l'intérieur au chaud, l’adjudant avait mis des sentinelles qui se relayaient, il avait fermé les portes qui donnaient sur l'extérieur et du coup nous étions bien au chaud, nous avions l'éclairage (la section y avait fait sa "salle de séjour" et avec la débrouillardise des vieux troupiers, ils avaient réussis à en faire un palace, là j'exagère, mais c'était quand même « au poil »)

 

Nous étions donc en train de discuter quand un sergent vint dire à l'adjudant: « Mon adjudant il y a le Lieutenant xxx  qui arrive, en effet le Lieutenant venait nous faire une petite visite, l'adjudant me présentait, nous allions voir comment les pièces étaient installées, demandait quels étaient les objectifs repérés, et après diverses questions nous disait, « bon ben ça a l'air bien en place », et disait à l'adjudant Delaunay, je suis à peu près sur qu'au cours de la soirée le Colonel va venir vous faire une petite visite, je serais certainement avec lui, donc à tout à l'heure. Delaunay lui dit « bien mon lieutenant, en attendant nous allons "casser la croûte », le Lieutenant dit « bon, eh bien bon appétit, joyeux Noël à tous », et il repartit.

 

Il est vrai que depuis notre arrivée, la mise en place des pièces, les discussions etc., le temps s’était écoulé à vitesse grand V, et nos estomacs commençaient à sérieusement crier famine. L’adjudant s'adressant au "cuistot" lui demandait alors « qu'es ce que tu nous as préparé de bon », et le préposé à  la confection de la "graille" lui dit, « j'ai fait cuire un petit ragoût qui ne devrait pas être dégueulasse », et là divers cris fusèrent « Ouais, est ce que Monsieur ne se prendrait pas pour le Chef du Carlton » et d'autres, le tout dans une ambiance festive, le cuistot rigolait, disait « en tous les cas vous ne donnez pas votre part aux autres, ils sont bons mes ratas, bande de rigolos », et les rires fusaient, et, du coup, nous étions loin de la guerre. Je dis à l'adjudant, « bon je vais chercher ma ration », il me répondit « ça va pas "fiston" toi et tes hommes allez manger avec nous manquerait plus que ça ». Il est vrai que depuis un moment, des effluves  "gustatives" venaient sournoisement titiller mes narines et je me demandais ce que cela pouvait bien être, des odeurs où se mêlait de l'oignon frit, bref rien que de l'appétissant. Je remerciais l'adjudant, récupérais une gamelle et amenait des chocolats et des d'autres friandises que ma femme avait mis dans mon colis de Noël. Mon épouse qui était à Nice chez sa mère, m’avait expédié, comme et beaucoup d'autres, un colis de Noël plein de friandises et d'amour, c'est vrai qu'à cette époque une solde de sergent avec quatre gosses, ce n'était pas " l'eldorado», il fallait faire avec, et durant mes deux séjours, je n'ai toujours vécu que sur ma "prime de bivouac" j’envoyais toute ma solde à la maison, et plus tard, quand je servirais "quelques années" aux TAP, comme adjudant, avec la "solde de l'air", et ça changera les données du problème.

 

Avant d'entamer nos agapes l'adjudant Delaunay demanda  un peu de silence et dit « voila les gars, ce soir c'est la nuit de Noël, c'est sûr que nous aimerions être avec nos familles, mais c'est comme ça et puis nous avons pour certains d'entre nous passé d'autres Noëls loin de chez nous, je pense à l'Indo, et nous ne sommes pas les seuls dans ce cas, alors nous allons faire avec, et vive les Paras, vive la "colo", vive les "marsouins" et comme nous avons des copains avec nous », puis s'adressant à moi il me demanda, « et chez toi sergent comment l'on dit », et je lui dit chez nous l'on dit « et par Sidi-Brahim, vive les Chasseurs », « bien, vous avez entendu, alors on y va » ,et tous ensembles nous avons crié, vive les Paras, la Colo, les Marsouins, les Chasseurs, avec des mains, dont la mienne et je n'ai pas honte de le dire, qui essuyaient furtivement quelques larmes, nos pensées s'envolant en ce moment si particulier de la nuit de Noël pour quelques instants de l'autre coté de la Méditerranée ou d'ailleurs.

 

Avant de commencer à casser la croûte, tout avait été re vérifié dans les guerre d-algeriemoindres détails, car plus nous nous avancions dans la nuit, plus nous savions que les Fells  allaient nous souhaiter un joyeux Noël à leur façon.En effet, il n'était pas rare, et en général cela arrivait vers les dix neuf vingt heures, qu'ils viennent nous harceler, en mitraillant à tout va. Même si nous nous y attendions, aussi bien les uns que les autres, le temps qu'une unité sorte pour essayer de les "coincer", c'était en général peine perdue, car d'une part, ils savaient que nous allions sortir pour les neutraliser et ils n'attendaient pas que l'on arrive pour se carapater, profitant de la nuit et par des itinéraires qu'ils connaissaient parfaitement bien, d'autant plus qu'ils étaient du coin et que parmi leurs patrons, il y en avait quelques-uns uns qui avaient servi dans l'armée, fait des campagnes de guerre et savait parfaitement la façon dont nous allions réagir.

 

C’est de bonne augure, d'autre part comme, heureusement, cela n'arrivait pas tous les jours, le temps que nous intervenions, même avec la plus grande célérité, ils avaient le temps de se "barrer", de se fondre dans la nature et parcourir rapidement des kilomètres car, rendons à César ce qui est à Jules, c'était quand même de sacrés crapahuteurs. Donc  nous étions sur nos gardes et avions entamé le "graillou", qui était excellent. Il faut dire que dans El Milia, petite bourgade, l'on pouvait acheter des denrées pour pouvoir "améliorer l'ordinaire".  Placés par affinités, mélangés aux Paras, chacun racontait à qui mieux-mieux, son ou ses histoires, dans une ambiance fraternelle et de ce fait, cela nous éloignais de la réalité du moment, nous mettait du baume au cœur, nous étions des frères partageant la même galère, sans tabous ni complexes et c'est cela qui donne tout son sens a ce que l'on appelle la "fraternité des armes". Petit à petit le sablier qui, immatériellement, régit le temps qui passe, se vidait et la lassitude venait, insidieusement, prendre possession de nos corps, mais l'adjudant Delaunay avait le chic pour tenir ses personnels en éveil en allant voir les uns et les autres, discutant, rappelant des souvenirs partagés, car ce n'était pas l'usage de boissons alcoolisées qui était en cause, mais la fatigue accumulée au cours des différentes "sorties opérationnelles" qui prenait, sournoisement le dessus.

 

Soudain un caporal vint dire à Delaunay, mon adjudant nous avons de la visite. En    effet, nous avions entendu des bruits de moteurs et dans l'encadrement de la porte le Colonel Bigeard, accompagné de deux officiers faisait son apparition. Delaunay criai « Garde à Vous », s'avançait, saluait et respectueusement se présentait. D'un bond, tout le monde s’était levé et figé au garde à vous, le Col onel Bigeard était entre nous avait dit « repos », puis il avait dit, « alors les petits gars ça va bien, tout se passe bien? », et il avait commencé à s’entretenir avec les anciens qui avaient déjà été sous ses ordres, échangeant des souvenirs, donnant des tapes sur les épaules de certains, allant de l'un à l'autre. Je regardais ce Colonel qui semblait, et était, si proche de ses hommes avec un sentiment diffus, où s'entremêlait admiration, étonnement et aussi stupéfaction, car ils étaient en tenue camouflée, portaient comme coiffure ce que plus tard l'on appellera la "casquette à Bigeard" et étaient décontractés, Delaunay renseignait son Chef de Corps à chaque questions que celui-ci lui posait, le tout souvent émaillé par un sourire et la ronde continuait, moi j'étais resté à ma place, mes hommes à mes cotés, debout nous regardions les allers et venues avec curiosité et attendions que ça se passe, puis Delaunay nous montrant ils vinrent vers nous. Au garde à vous je me pressentais et présentais les servants qui m'accompagnait, chaleureusement il nous serra la main, Delaunay lui dit la raison de notre présence, ce qu'évidemment il savait déjà, me demandait le but précis de ma mission, là je me doute bien qu'il le savait aussi, mais qu'il voulait l'entendre de ma bouche pour savoir si j'étais apte à l'assumer, demandait quels étaient les objectifs sur lesquels nous avions pointé les mortiers, combien nous avions d'obus, à chaque réponse il me regardait avec acuité, comme, c'est peut-être imagé s'il voulait s'insérer dans mon cerveau, puis s'adressant à l'adjudant il lui dit, « il connaît bien son boulot » et me dit « c'est très bien nous allons voir où sont tes mortiers. Nous avons du passer un "certain temps" à regarder, la nuit était claire il faisait froid puis nous sommes revenus à l'intérieur. Là, il nous tint un petit discourt, nous rappelant notre double mission, l'opérationnelle et la pacificatrice, nous disant que les deux étaient indissociables, nous souhaita un bon et joyeux Noël et partit pour certainement continuer sa tournée dans les unités implantées dans le secteur.

 

Delaunay qui avait raccompagné son "patron", était revenu parmi nous, tous avions repris nos "papotages" et à son retour je lui posais des tas de questions car à un moment il nous avait dit, bien les enfants "Bruno" va arriver et il faudra lui montrer qu'on a de la "gueule" et ce qui m'étonnait c'était qu'il puisse appeler son chef de Corps par son prénom et je lui dis, « mon adjudant vous dite Bruno en parlant de votre Colonel, c'est son prénom ? » et là il avait franchement rigolé et m'avait dit, « mais non c'est son indicatif radio, il l'avait déjà en Indo il l'a conservé et nous le connaissons tous, voila ce n'est pas son prénom, son prénom c'est Marcel ».

 

Nous avons continué à parler les uns et les autres de diverses choses; famille, d'où l'on était, bref tous ces impedimenta qui résument une vie, la nuit s'écoulait tout doucement, nous grignotons nos friandises, de ci de la des rires fusaient, les sentinelles montaient la garde d'autres effectuaient des rondes, car, malgré cette fausse impression de décontraction, tout le monde était sur ses gardes. Puis quelqu'un s'était mis à fredonner "douce nuit" ce lied émouvant qui vous transporte dans la nuit de Noël, au milieu de la crèche et des santons, dans cette nuit de la nativité et tout cela créait, pour moi en tous les cas, une ambiance quelque peu féerique qui, je le crois, devait être partagée par beaucoup d'entre nous, mais là où il y avait comme un espèce de "miracle", c'est que tout était calme, pas de "mitraillage, pas un coup de feu, rien, les "fells" ne s'étaient pas manifestés, est ce que leur Dieu les avaient "assagis" en cette nuit de Noël? , allez savoir. Tout a une fin, il était largement temps que nous nous glissions dans nos "sacs a puces", et déjà des ronflements se faisaient entendre, la nuit s'achevait, un Noël de plus passé loin des siens, mais cela fait parti du "contrat" et les rêves nous acheminaient vers ceux que nous aimions et comme par magie "ils" étaient parmi nous.

 

Le lendemain, 25 décembre, après avoir siroté le "jus" matinal, je récupérais mon matériel et avec mes hommes nous préparions à rejoindre nos pénates, qui en fait n'étaient pas loin.

 

Le 6x6 venait d'arriver, le matériel embarqué je remerciais l'adjudant Delaunay pour nous avoir "chouchoutés", il rigolait, nous échangions nos SP, Delaunay me dit nos allons sûrement nous revoir sur le terrain, j'acquiesçais, mais en fait que nenni et ceci pour la bonne raison que si nos unités "travaillaient" dans la même zone, celle-ci était compartimentée et chaque unité avait un secteur qui lui était imparti. Arrivé à mon cantonnement le matériel débarqué à nouveau vérifié, j'allais rendre compte a mon Cdt de Compagnie, lui relatait notre nuit de Noël, répondait à ses questions et comme ma section n'était pas de "jour", je retrouvais ma piaule avec délectation. Rasé de frais, lavé de la tête aux pieds, changé de linge et ayant revêtu une tenue de combat propre, vers les onze heures je me dirigeais vers notre popote, que, somptueusement, nous appelions mess. Là je retrouvais mes camarades, et patati patata, ça jargonnait à tout va, pire que des nanas.

 

A midi le Chef de Corps arrivait (il était allé passer la nuit avec la 3° Cie.Le commandant De Tressan nous souhaita, suivant la tradition, un bon et joyeux Noël, puis, avec un sourire en coin, nous dit, « bien maintenant je vais vous faire part des promotions qui vont avoir lieu le 1er janvier. Promu au grade d'adjudant le Sgt-Chef Boulanger, promu au grade de Sgt-Chef-Major (ça existait à l'époque et n'avait rien à voir avec l'actuel grade de major, en fait c'était des "administratifs", mais ce grade était également le premier grade de S/Officier supérieur) Decleve, promu au grade de Sgt-Chef, le Sgt Munot, le choc , j'étais KO debout, à tous j'adresse mes sincères félicitations, elles sont méritées, en même temps je vous annonce que je suis promu au grade de Lt-Colonel. Tonnerre d'applaudissements et le Cdt De Tressan continua en nous disant, « malheureusement je vais vous quitter, cela me chagrine, ce bataillon nous l'avons recréé, ensemble nous l'avons modelé, avons guerroyé »,  c'était un noble, très vieille France, je pense qu’en ce jour béni, afin de saluer nos morts et nos blessés, ils restent avec nous, dans notre mémoire et avant de festoyer (avec modération comme l'on dit de nos jours) nous allons prier et observer une minute de silence afin de saluer la mémoire de ceux qui nous ont quittés.

 

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La minute de silence observée, le Cdt De Tressan nous invita à lever notre verre pour saluer ce jour de la nativité, puis dit « j'invite ceux qui sont accrochés au tableau d'avancement à venir partager ma table ». Surpris mais flattés, nous primes donc place à côté du Chef de Corps.

 

Au cours du repas, amélioré svp, la discution s'engagea et le Commandant me demanda comment s'était passée mon détachement avec le 3° RPC, je lui dit que nous avions été reçus comme des « rois » et lui dit que leur Chef de Corps était venu nous voir et il nous dit, oui, le Colonel Bigeard est très proche de ses hommes de plus c'est un "baroudeur exceptionnel", il s'est particulièrement distingué en Indochine où il s'est couvert de gloire, nous nous connaissons bien et je l'estime profondément (par la suite j'ai pensé que tous les Chefs de Corps devaient se retrouver lors des diverses réunions au niveau du secteur), le repas prenait fin, le Commandant de Tressan me dit « Munot je vous ai muté à compter du 1er Janvier à la 1ere Cie, sous les ordres du Lt Cavalier, là vous prendrez le commandement d'une section de "grenadiers voltigeurs", c'est dans  vos cordes et je suis persuadé que vous ferez du bon travail. » J'avoue avoir été quelque peu surpris, mais je connaissais bien le Lt Cavalier qui était un bon officier. En effet, du fait de ma fonction, je connaissais tous les commandants de Cies et la 1ere avait bonne réputation, de plus la discipline qui régnait dans l'armée ne souffrait d’aucune demande d'explication, on vous donnait un ordre, on l'exécutait, point barre.

 

Dans la soirée j'écrivais une longue lettre a mon épouse, lui disais ma fierté d'avoir été nommé Sgt-Chef, lui narrais ma nuit de Noël avec les Paras, lui disais que j'étais affecté à la 1ere puis la nuit et la journée ayant été "épuisantes" je me glissais dans mon sac de couchage et la tête pleine de rêves, je dormais comme  un nouveau-né.

Au cours de mon séjour à la 1ère Cie,je participerai à de nombreuses sorties opérationnelles et au cours du mois de février/mars nous relèverons à El Keudiane une Cie du 3°RPC qui quittait le secteur pour remplir d'autres missions en Algérie.Fin avril je serais à nouveau affecté à la CCB pour prendre le Cdt des 5 Scouts-Cars que le BON venait de percevoir.A la tête de ce Peloton outre les sorties en opération l'une de mes principales missions était d'assurer l'ouverture de route, au moins deux fois par semaine,El Milia Grarem,les fameuses gorges d'El Milia,du convoi qui reliait El Milia à Constantine,le convoi était constitué de véhicules divers civils et militaires et arrivé à Grarem je le laissais au 8°Rgt de Hussard qui l'escortait jusque Constantine,pendant ce temps là nous restions à Grarem,et au retour je récupérais le convoi pour l'amener à El Milia.

Rapatrié en octobre 1956,j'effectuais un deuxième séjour où je commandais successivement des pelotons de Jeeps-mitrailleuses,de Scout-Car,d'Half-Track et même,après ma deuxième blessure de guerre,une Harka à Cheval pendant huit mois,enfin presque car pendant les quinze premiers jours j'étais plus par terre que sur mon bourrin,mais comme l'écrivais l'auteur du "Livre de la Jungle",ceci est une autre histoire.

 

AFN mai 1960 alerte préparation départ opérationAFN mai 1960 vérification du matériel

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

AFN mai 1960 retour d'opé RAS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1960-à gauche,alerte,préparation au départ- à droite en haut vérification du métériel-à droite en bas retour d'opération.

 

 

Je terminerais ce récit en disant que, en 1999 lors d'une cérémonie qui avait lieu à Hayange, le 2° Rgt de Génie de Metz étant partie prenante, le Général Bigeard a présidé, j'étais vice-président du groupement des porte-drapeaux de Thionville et après la cérémonie et les allocutions d'usage, je demandais au Colonel qui l'accompagnait si je pouvais lui parler, j'étais en tenue de combat camouflée, béret rouge, et après l'assentiment du Colonel je lui rappelais cette nuit de Noël de 1955 à El Milia, lui racontais sa visite et au fur et à mesure que je parlais je voyais qu'il replongeait dans ce passé commun et c'était comme, si par magie, nous nous retrouvions en Algérie.

 

Voila, le 24 décembre il y aura 55 ans que cela me soit arrivé, j'en avais jamais parlé à personne, la mort du Général Bigeard avait réveillé ce souvenir, j'ai tellement regretté de ne pouvoir aller à Toul assister à ses funérailles, me mêlant discrètement  avec tous ceux qui étaient venus lui rendre un dernier hommage.

 

Sachant pertinemment que de là-haut son regard perçant et bienveillant nous voyait et nous remerciait d'être venus pour lui dire un dernier et émouvant "au revoir", mais la nature en avait décidé autrement et la maladie qui commençait à poindre et m'obligeait, déjà, à marcher avec une canne, ne me permettait pas d'effectuer le déplacement, aussi c'est le cœur lourd que je voyais cette trop courte cérémonie mortuaire être retransmise aux infos, je repensait à celle qui avait eu lieu aux Invalides et je suis parfaitement d'accord avec notre Président National sur le fait que le Chef de l'état, chef des Armées ne soit pas présent afin d'honorer la mémoire de l'un de nos dernier "Grand Soldat". La maladie qui me taraudait et qui nécessitera une opération le 9 août, était due, à priori, aux séquelles de mes deux blessures de guerre (57 et 60) qui   me compressait la moelle épinière en deux endroits au niveau des cervicales, et petit à petit me paralysait, plus de l'arthrose,, depuis l'opération cela va mieux, mais je ne retrouverais plus jamais la totalité de mes moyens, c'est ainsi et il faut faire avec.

 

 

               Le Major honoraire d'infanterie Jean MUNOT

Jean-Munot 0002

 

Le Major Jean MUNOT a été non seulement vice président du groupement des Porte-drapeaux de Thionville et environs pendant de longues années, mais également, pendant plus de 15 ans, chef de protocole au sein de l'Union nationale des parachutistes de Thionville et ce, jusqu'à ce jour, car malgré ses soucis de santé récents, il continue de léguer son savoir faire à Guy PARTHENAY qui le succédera bientôt, avec toutes les qualités qu'il a acquise lors de sa carrière militaire et son âme de parachutiste.

 

 

 

Pour tous contacts ou retrouvailles : jean.munot@free.fr


 

Lien vers l'article sur le même sujet: Jean Munot-de l'Algérie à l'Allemagne en passant par le 13°RDP

 

Lien vers l'album de Jean: Jean-Munot Jean-Munot

 

 
 Ce texte est de Jean Munot,et a été mis sur notre blog avec la participation de Marie Claire Weller.

 

                   Les états de service de Jean Munot.

 

  
1951-Engagement 06.51-11°BCA Pon EG,le 15.11.51 mutation au 25°BCA(Pon S/OFF)-Nommé Sergent en Mars 52,affecté au 22°BCA-Cie d'appui(CA),désigné pour suivre un stage de chef de liaison motocycliste a Carpiagne-(Pon  Reg),Stage sur "Harley Davidson",la vraie de 39/45,puis motard sur diverses machines (350 BSA-1000 Ariel-800 BMW- 500 Terrot (un veau)-250 Peugeot)-1954,désigné pour l'Indo-3°REI,puis muté au 17°BCP(toujours pour l'Indo,mais suite a la chute de Dien Bien Phu,le Bon est désigné pour
l'AFN-Algerie-1er séjour du 13.08.54 au 30.09.56-11°BCA,du 01.10.56 au 01.12.57,muté au 110°RIM-AFN-2eme séjour en Algerie(1er Séjour,Constantinois,2eme séjour Oranais-Ouarsenis),fin du 2eme séjour 02.1961,affecté au 41°RI-01.08.1963-13°RDP-30.09.67-99°RI-01.07.1970-EM/2°DB-Treves (FFA),cela termine ma carriere en Corps de troupe.


Emplois tenus en corps de troupe:Chef de groupe mortiers-chef d'agent de liaison moto-chef de section de grenadiers voltigeurs-chef de peloton de Scout-Car-Half-track-Jeeps Mitralleuses-Jeeps Canons 106/Sans recul-Artificier-chef de peloton d'élèves grades(Caux et Sergents)
Affectations dans les Etats-Majors:01.07.70 au 01.05.77-EM/1°DB-Trèves (FFA)-01.06.77-Cabinet/Ministre de la Défense-Paris-01.08.81-EM du 2°CA/CCFFA-Baden((FFA)
Emploi tenus:1-Treves-Chef de la Son PO/PNO et en manoeuvres,S/O a la disposition du Gal Cdt la DB -2-Paris,Cab/Min -Chef de la Son 3Legion d'honneur Armée Active-3-Baden Baden-Chef de la Son Pers/Off-President des S/O de l'EM(65/66),Porte Fanion du GénéChef et en manoeuvres Chef de la Son Regul/Messages Brevets-2° Degré-1-"Brevet Commando-Motorisé"-2-"Chancelier"-Brevet 1er Degré-"Artificier des corps de Troupes"

 
Autres Brevets/Brevets "Parachutiste" (Francais et Allemand)-Brevets de"Skieur et Alpiniste Militaire"-Brevet-"Artificier"-Brevet de "Chef  d'agent de liaison motocycliste".


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