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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 11:00

Ce texte date de 2007,il a été écrit sur le site "Para de Tous Horizons(PTH)" .L'auteur précise que celui ci a été lu par le général et apprécié.

Ce texte est diffusé ici avec autorisation de l'auteur.

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LIEN VERS LE SITE PTH:  link

 

 


 

 

                                                    Marcel




Dans une étable de Bethlehem, un enfant vient de naître. Ses parents, Marie et Joseph, ne se rendent certainement pas compte qu’il va changer la face du monde.

D’ailleurs, les parents en général ont-ils la moindre idée, penchés sur le berceau de leur progéniture, de l’influence que ce dernier va avoir, sur la marche de l’histoire ?

Qu’ont dû penser cet aiguilleur de la SNCF, et son épouse La Sophie, ce 14 février 1916, penchés sur le berceau du petit Marcel, alors que la bataille de Verdun, débutait à quelques kilomètres de là.

Quatorze années plus tard, ils seront fiers de le voir, brillamment passer son certificat d’études,mais n’est ce pas là, la vie commune de tout un chacun?

Il trouvera ensuite un emploi à la Société Générale de sa petite ville de Lorraine, et s’entichera de sa voisine, la jeune Gaby qui sera l’amour de sa vie,et deviendra plus tard sa compagne pour toujours.

Mais hélas, comme dit la chanson, les beaux jours sont si courts.

À vingt ans, Marcel, est appelé au service militaire, deux ans c’est long, surtout lorsque l’on est pas trop militariste. Je cite Marcel « En 36, appelé pour le service militaire, si on m’avait demandé mon avis, j’aurais dit que je ne tenais pas à y aller. À vingt ans, j’avais mon boulot à la banque, j’avais Gaby qui avait seize ans et nous étions follement amoureux. J’étais parfaitement heureux. »

Il partira donc vers Haguenau pour être, affecté au 23éme RI, duquel il sera libéré, en 1938 avec le grade de caporal chef. Il retrouvera alors, sa Gaby et son emploi.

Hélas la chanson dit aussi :
Le bonheur dure peu sur la terre
Entends-tu tout là bas le tambour ?
Mon doux cœur je m’en vais à la guerre…

Marcel est rappelé en 1939, au 79e Régiment d'Infanterie de Forteresse, dans le sous-secteur fortifié de Hoffen de la Ligne Maginot.

Promu sergent il se porte volontaire pour les groupes francs. Patrouilles sur les lignes de combat et embuscades, lui valent d’être nommé sergent-chef, puis adjudant à vingt-quatre ans.

Pourquoi ce revirement, ces volontariats alors que Marcel n’est pas pour l’armée ?

Une fois encore je le cite : « Après deux années, [de service militaire] j’étais heureux de m’être fait de bons copains mais braqué contre un encadrement sans âme, j’étais même plutôt antimilitariste. Et quand on m’a rappelé pour défendre la patrie, là ça a été autre chose. »

Malgré ces durs combats, les Allemands envahissent la France, le 22 juin 1940 l'Armistice est signé.

Marcel, alors Adjudant, une blessure et trois croix de guerre à son actif, est fait prisonnier et envoyé au camp de Limbourg, d’où il tentera par trois fois de s évader. La troisième tentative, en novembre 1941 sera la bonne. Il retourne à Toul, sa ville natale, non sans croiser dans le train, à Rémilly, sa sœur qui lui dit émue, qu’il ressemble tant à son frère prisonnier des Allemands.
Etant encore en zone occupée, il ne pourra se faire reconnaître d’elle, et continuera son périple en direction Nice en zone libre où il séjournera jusqu’en 42.

Marcel, est un patriote, la France, et surtout sa Lorraine est à nouveau occupée par les Allemands, il faut les combattre. Après de multiples péripéties, il passe en Afrique et rejoint Dakar, où il est nommé adjudant, chef de section d'une compagnie de coloniaux.

En octobre 1943 il rallie Mekhnès et est promu sous-lieutenant.

Il se porte alors volontaire, pour suivre un entraînement au saut à Alger, afin d’être parachuté en France, pour des missions de sabotage avec les résistants.

Il sera parachuté le 8 août 1944 en Ariège, où - après quelques démêlés avec des résistants républicains Espagnols - sous le nom de code "commandant Aube", ses actions lui vaudront une citation à l'ordre de la division et une nomination dans l'ordre national de la Légion d'honneur. À vingt-huit ans il est chevalier de la Légion d'honneur, titulaire de la Distinguished Service Order anglaise et de cinq citations et aura reçu une blessure de guerre.

Marcel sera désigné, pour créer et diriger une école de cadres, au Pilat près
de Bordeaux, où se mélangeront Saint-cyriens et anciens FFI/FTP. Il finira la guerre en Allemagne, avec le grade de capitaine au 23e régiment d'infanterie coloniale.

Beau parcours pour un antimilitariste, me direz vous.
Oui certes, mais alors, pourquoi nous parler de lui? Le fait d’avoir été parachuté, n’en fait pas un parachutiste…

C’est exact, ce n’est pas un parachutiste, pas encore, à ce moment du récit je me rends compte que j’ai oublié de vous préciser le patronyme de Marcel.

En fait, le petit saute ruisseau de la société générale, s’appelle Marcel…Bigeard.

C’est à présent que son destin l'attend. Il aurait pu comme beaucoup d’autres se faire démobiliser. Mais non, il veut servir…

En septembre 1945 il part pour l'Indochine, affecté Gia-Dinh près de Saigon, il va parcourir la Cochinchine de long en large. Les Viets n’en sont alors qu’à leurs débuts et en mars 1946, à Haiphong, un cessez-le-feu est signé entre le général Leclerc et Ho Chi Minh.

Il ne sera pas respecté par les Viets…

A cette époque, Bigeard est affecté à Ban Chiieng Puoc, sur la RC 41 à la tête d’une centaine d’hommes dans un poste avancé au contact des Viets. Avec cet effectif, il forme quatre groupes de commandos, qui effectuent, durant quatre mois, des raids payants sur les arrières des ennemis. Les coloniaux de ce poste étant rapatriables, il reste en pays Thaï, avec quatre cent cinquante Thaïs encadrés par des officiers et sous officiers français. D'octobre 1946 à octobre 1947 Bigeard et ses hommes refouleront les Viets à 120Km de la RC 41.

Son premier séjour touchant à sa fin il est rapatrié en métropole.

1948 le voit toujours capitaine, chevalier de la Légion d'honneur, la Distinguished Service Order anglaise, cinq citations, onze fois la croix de guerre, deux blessures de guerre.

Dans le cadre de la rotation-formation des bataillons parachutistes vers l’Indochine, il partira, durant huit mois, former une compagnie du 3e bataillon para à Saint-Brieuc en Bretagne.

Puis ce sera le départ pour un deuxième séjour indochinois, le Tonkin, Haiphong, le Delta,

En pays Thaï le poste de Yen Chau sur la route 41 vient d'être attaqué, il saute de nuit, avec sa compagnie, sur le poste. En deux mois de combats, il perdra 30 paras dans cette mission, 200 Viets seront tués.

Le 15 mars 1949 dans une jeep sur la RC 41 lors d'une patrouille, sa section en camions, il échappe à une embuscade, son chauffeur et un médecin lieutenant sont tués.

Entre mars 49 et avril 50, il forme et commande le 3e bataillon thaï, qui ne comptera pas moins de 2530 hommes, encadrés par des officiers et sous officiers paras français, ce bataillon éliminera les Viets du pays Thaï.

En avril 50 toujours capitaine, Bigeard retourne à Hanoi, pour commander le bataillon de marche indochinois basé à Haiduong. Sans cesse en opération jusqu'en novembre 50 dans le Delta, le bilan se comptera en centaines de Viets tués, ainsi qu’en armes et munitions récupérées.

Rapatriable fin novembre 50, il passe quatre mois de permission à Toul. A la suite de quoi, il est affecté en avril 51 à Vannes Meucon – La BETAP de l’époque- afin de commander la demi-brigade para qui forme des bataillons paras pour l'Indochine.

Septembre 51, il est à Saint Brieuc, occupé à former le 6e bataillon para. Il est enfin nommé commandant en janvier 1952.

Son troisième séjour en Indochine débute le 20 juin 52, à la tête 6e Bataillon de Parachutistes Coloniaux.

En opération dans le Delta, le 15 octobre 52 il sera parachuté en catastrophe, avec le 6, sur Tulé en pays Thaï, du 16 au 23 octobre avec 800 paras il fera face à la division Viet 312 qui compte 12000 hommes.
Après un repli, légendaire, de quatre jours et plus de cent kilomètres de marches forcées et d’accrochages incessants, il rejoint, alors que son bataillon était considéré comme perdu, une zone plus calme derrière la rivière noire.
« La rivière noire, c’est le Thalassa du 6e », dira le parachutiste Combes, qui avait lu Xénophon

Cet exploit vaudra au 6 le surnom de « Bataillon Zatopek »

Quatre cents citations seront accordées aux hommes du bataillon, et Marcel reçoit la cravate de commandeur de la légion d’honneur. Sa maman, La Sophie, peut en être fière.

Suite à cette offensive, tout le pays Thaï noir est aux mains des Viets à l’exception du terrain de Nasan, Bigeard est parachuté avec ses hommes le 25 décembre 52 à Ban Som à 30km au sud de la base, il effectue un raid sur Chien Dong et Sonla pour défendre la zone de Nasan jusqu'en mars 53.

En mai de la même année le commandement décide d’abandonner Nasan. L’aide de l'URSS et de la Chine aux Viets, est de plus en plus importante, et tout le pays Thaï est maintenant aux mains du Vietminh.

C’est l’époque où, d’après son indicatif radio, Bigeard est devenu Bruno.

L’époque il le dit : « nous vivions les plus belles années de notre vie. Les plus belles parce que les plus dures. Elles étaient aussi les années les plus amicales, les plus orgueilleuses, et les plus solitaires :

Les plus amicales parce que nous étions, à la vie,à la mort, entre camarades ;

Les plus orgueilleuses parce que jamais autant nous n'aurions la fierté de notre tenue et de notre uniforme.

Les plus solitaires enfin, parce que nous menions en des terres lointaines un combat d'idéal, aussi ignoré de la métropole que celui des Croisés de la première croisade, il y a neuf cents ans, quand le moine Bruno, mon saint patron à la guerre, fondait l'ordre des Chartreux.

Oui, les camarades parachutistes, les solitaires parachutistes, les orgueilleux parachutistes étaient alors portés par un destin semblable à celui des Croisés ou à celui des moines, des moines guerriers, des Templiers. »

17 juillet c’est l’affaire de Langson, tenu par les Viets, où il saute sur avec son 6e et 8e GCP de Tourret Afin de détruire des dépôts d'armes, camouflés dans les grottes que le génie fera sauter.
Les fuites étant nombreuses, le général Navarre, décide, afin de camoufler l’opération de faire défiler les paras à Hanoï. Le lendemain c’est le départ pour Bach Mai où attendent les Dakotas. Puis ce sera le saut, la phase active de l’opération « Hirondelle » vient de commencer. Le bilan sera estimé à trois mois des approvisionnements ennemis, dans les grottes on trouvera même six camions Molotova, fournis par « le grand frère soviétique ».
Parlant d’une grotte, Bigeard écrira dans son bilan : « Deux F.M. Skoda récupérés. Mille F.M. Skoda détruits. » Seront également détruits cinquante mortiers, ainsi qu'un important stock d’essence et de munitions.

Puis ce sera l’opération « Castor ». Le 20 novembre 53, le 6 est parachuté sur la cuvette de Diên-Biên-Phu. Hélas, pour eux,les Viets occupent la DZ Natacha, des combats au corps à corps seront nécessaire pour les faire décrocher.

Le bataillon retiré de Diên-Biên-Phu, rejoint la base de Séno où il reçoit mission le 29 décembre, de situer l'avance des sept bataillons du Vietminh sur Diên-Biên-Phu. Il décrochera, devant deux divisions, après un combat épique où Allaire avec ses mortiers et Trapp avec sa voltige, mettront cinquante Viets au tapis et récupéreront autant d’armes dont deux FM. Le
6 restera à Séno, jusqu’au 20 février 54, mais le Viet ne débouchera pas. L’offensive sur le moyen Mékong est stoppée.

16 mars 54 "Béatrice et Gabrielle deux points d’appui de Diên-Biên-Phu sont tombées" Bigeard et son bataillon sautent dans la cuvette. Ils y resteront jusqu’à la fin des combats.

L’affaire est trop connue, pour qu’ici je la raconte, Bigeard y sera promu Lieutenant Colonel,

Des années plus tard, il me dira, à l’occasion d’une de nos conversation, assis devant la cheminée de sa maison de Toul, un verre de whisky à la main : « Vous savez, Mon adjudant chef, les galons ne coûtaient pas cher, et, bon sang, ils ne pouvaient faire moins, j’avais comme chef de bataillon, un commandement de général de division. » Amer ? …Je ne sais pas.

7 mai 1954, 17h30 la bataille cesse à Diên-Biên-Phu, Allaire à demandé un ordre écrit à Bigeard, qui le lui à remis, Langlais à brûlé son béret rouge et mis un chapeau de brousse, Bigeard en casquette, a roulé autour de sa cheville une carte en nylon du haut Tonkin …

Sur 15000 officiers sous officiers et soldats qui ont constitué la garnison, 2000 morts et autant de disparus auront été dénombrés. Un millier de blessés ont été évacués au début de la bataille, 1100 auront déserté et iront grossir les rangs des 8900 combattants survivants faits prisonniers.

Le 19 août, soit à peine trois mois après la chute de Diên-Biên-Phu, les échanges de prisonniers commencent.

Sur les, exactement, 11 721 prisonniers faits dans la cuvette, 3 290 seulement seront rendus, soit 8 431 morts en captivité.

Et la France n’a dit mot. Mendés France qui a signé la paix à Genève, le 20 juillet, n’a pas eu un mot d’indignation au nom de son gouvernement, personne non plus à la Croix Rouge, si tatillonne d’habitude, surtout à propos des conditions d’incarcération des Viets prisonniers. Les bonnes consciences en métropole, elles aussi, se sont tues…

Bigeard, est du lot des survivants, de retour en France, sur le quai de la gare à Toul, lui , le plus jeune des Colonels de l’armée française - il n’a que 37 ans- devra s’expliquer devant sa mère, La Sophie : « Pourquoi as-tu été fait prisonnier ». Les plus hauts gradés ne lui avaient pas posé la question, par contre sa mère peu impressionnée par sa légion d’honneur et toutes ses décorations, veut qu’il lui rende compte. Il lui faudra de longues explications pour regagner sa confiance.

Après une convalescence dans le Var, Bigeard demande une affectation en Algérie, ou comme on le sait « des évènements » viennent de se faire jour à la toussaint 54.

En réponse, au mois de février 55, il est nommé à l’école d’état major !

Fatigué d’apprendre à faire la guerre sur des bancs d’école, il rencontre Massu qui vient de prendre le commandement de la 10e division parachutiste, et à force d’insistance, obtient de prendre le 3e régiment de parachutistes coloniaux.



Le 24 octobre 55 il rejoint le 3e RPC, la « boutique » ne lui plait guère, les hommes n’ont pas d’allure et ne sont pas motivés. En un mot, et il le dit «Ils ne sont pas beaux »
Il fait un tri, parmi les hommes et surtout les gradés qui « ne peuvent pas suivre », il convoque les commandants de compagnies et après le « savon réglementaire, exige que les hommes soient :« Beaux, souples, félins et manœuvriers… ».

Il fait retailler les tenues fournies par l’intendance et, avec le tissu en excédent fait tailler une casquette semblable à celle que le 6 portait déjà en indochine.
Elle n’avait pas de nom, elle deviendra désormais la fameuse casquette Bigeard. En portant cette casquette - dit-il – nos hommes n’auront pas le choix. Ils seront obligés de redresser la tête, sinon, ils seront ridicules….On se bat mieux lorsque l’on à quelque chose à prouver.

Il fait aussi créer pour le régiment un insigne avec la devise « Etre et Durer ».

L’entraînement se fera quant à lui, au contact des rebelles dans le massif de l’Edough à l’ouest de Bône.Le 3e RCP restera en zone opérationnelle du 27
octobre au 5 décembre et son travail lui vaudra une citation élogieuse du général Beaufre. Pourtant Bigeard dit : « Je ne suis pas satisfait de ma boutique. Nous n’en sommes qu’au début. Il y a encore beaucoup à faire pour être parmi les meilleurs ».
Le bilan pourtant est éloquent : pertes amies, 1 mort, 1 blessé, pertes ennemies 11morts, 3 blessés, 60 prisonniers, 64 armes saisies.

Le 7 décembre est projeté l’opération « éventail ».
Une belle opération comme on les aime dans l’armée française : 5000 hommes, des camions, des chars, de l’aviation…Tout ça pour coxer un chef
rebelle, Si Messaoud !
À la fin du briefing Bigeard propose d’infiltrer le 3, avant le déclenchement de l’opération, par une progression de nuit de 20 Km, stupeur, le cas n’est pas prévu par l’école de guerre…
Toujours est-il que, le 8 à 4h du matin, le 3 est en place au cœur de la zone rebelle, après une marche à la boussole, et la traversée, en canots pneumatiques, de l’Oued Kébir.
Au loin dans un bruit infernal démarre l’opération.
Le 3 accroche l’arrière garde de Si Messaoud, lui fait 4 tués pour 1 blessé léger. Mais le chef a déguerpi depuis longtemps.

Ce sera le seul bilan - ridicule – de cette opération, l’armada retournera dans ses quartiers, laissant les rebelles réinvestir le terrain.

Jusqu’en février 56, l’entraînement s’intensifiera, dans la région d’El Milia, ce sera la chasse au confort autant qu’aux rebelles, le pitonnage et la boîte de ration tous les jours…
En moins de trois mois la zone d’El Milia est pacifiée, bilan : 500 rebelles arrêtés 24 tués pour des pertes très faibles 2tués et 6 blessés.

La preuve est faite : La sueur épargne le sang.

Pas de relâchement pourtant, plus d’ennemis ? Le temps est mis à profit pour insister sur la formation. Tous les paras, y compris les officiers doivent être des athlètes qui suivent tous le même entraînement. Sport tous les matins, saut en parachute, marche forcée de jour comme de nuit, roulés et sauts divers avec le PM chargé et armé, traversée de ronces métalliques avec tout le barda, et repartir tout naturellement vers des briefings d’étude de cas concrets….Les officiers redeviennent de simples soldats, sans distinction de grade, des hommes parmi les hommes. Tous à égalité dans l’entraînement intensif. Tous propres, nets et bien rasés, pour rester beaux jusque dans la mort.

Fin février, Bigeard estimera enfin le régiment « fin prêt »

On signale, à l’ouest de Bougie des bandes de rebelles, pour la première fois Bigeard dispose de 4 hélicoptères H55 destinés au ravitaillement et au transport de blessés.
Sans renseignements sur l’ennemi, Bigeard envoie ses compagnie râtisser le terrain, il s’agit de foncer de piton en piton sans s’attarder.
A la fin de la matinée la 1e compagnie a, sur la cote 577, accroché et fixé une katiba… il faut des renforts.
Bigeard appelle les pilotes des hélicos : « Changement de mission : vous allez acheminer la 3e compagnie sur les lieux mêmes de l’accrochage… » Stupeur ! C’est la première fois que l’on utilise ainsi les hélicos. Bigeard insiste : « Il n’y à pas deux armées, celle qui crapahute et celle qui attend. Vous êtes avec nous, dans le même bain. Et vous avez une occasion unique de participer à la même guerre que nous… ».

Une petite heure après la 3 est au contact, la katiba sera anéantie. Bilan : 47 rebelles au tapis, 96 prisonniers, 112 armes récupérées, pertes amies néant.
Mais surtout, pour la première fois dans l’histoire militaire, on a utilisé l’hélicoptère comme une aviation d’assaut. Dans quelques mois dans toute l’Algérie, des années plus tard au Vietnam,l’hélicoptère deviendra l’auxiliaire de toutes les troupes de choc.

Là aussi, Bigeard aura tracé la voie.

Au mois de mars, le 13, sale affaire du coté de Souk Ahras. Des éléments de la 3e compagnie du 3e régiment de tirailleurs algériens, ont déserté, emmenant des armes après avoir massacré leurs camarades.
Les mutins, commandés par le sergent chef Bensalem Abderrahmane, ont de
nombreuses heures d’avance. De fait, à 4 heures du matin, ils ont fait la jonction avec la katiba de Si Lounés qui les attendait pour les convoyer vers la Tunisie.
Le plus dur est fait, pensent-ils, et de toute façons, ils sont maintenant deux cents, et bien armés…

Sous les ordres de Lenoir, commandant en second, le 3 a fait route vers Villars. La 203 de Bigeard est déjà là, les cartes étalées sur le capot, les ordres sont prêts : « Fouiller les deux itinéraires praticables à partir de la ferme Degoul. Deux compagnies pour trouver des traces dans la zone sud de la ferme; la 1e de Datin, la 2 de Corre, ne pas faire de détails, foncer. Les fells ont 11heures d’avance.
Il faut leur couper la retraite avant la Tunisie.
Florès, avec la 4, déposez de petits éléments autour de la ferme Degoul, même mission. La 3 reste en réserve héliportée. »

L’opération démarre, il est 14h00. À 14h05 exactement le navigateur du Siko annonce à Florès qu’ils sont arrivés à la cote 856, et se met en stationnaire à deux mètres du sol. Les paras débarquent, ils sont aussitôt pris à partie et ont un tué, une balle en plein cœur.
« Ces cons d’aviateurs se sont gourés de piton » ; en fait la 4 a été larguée sur la cote 952, sur la mechta Besbessa, pile là où les fellaghas de si Lounés se sont tapis.

Dans son Bell de commandement, Bigeard a tout compris, il appelle Lenoir :« Bruno2 de Bruno : fais embarquer le reste de la 4 et envoie les sur 952. J’y serai moi-même et je ferai baliser la DZ »

A la suite de la 4, la 3e compagnie sera héliportée en renfort. Le combat sera rude, et le bilan parlant : 126 rebelles jonchent le sol, 15 tirailleurs, pris en otages, sont libérés, plus d’une centaine d’armes sont ramassées. 1 mortier de 81, 2 mortiers de 60, 4 fusils mitrailleurs et 38 pistolets mitrailleurs sont récupérés.

Bigeard dispose maintenant de deux formidables outils : Le 3e RPC, qui est une mécanique bien huilée et qui fonctionne à plein régime, et sa formidable Baraka.

Paris match titrera « Bigeard frappe comme la foudre »

Juin 56, le régiment est mis à la disposition de la zone des Nementchas, un
paysage lunaire, des précipices vertigineux, des grottes, des pics et des labyrinthes déchirant les montagnes. L’endroit est réputé impénétrable c’est le domaine de Laghour Abbés et de sa centaine de Chaouïas.
Ce sont des adversaires redoutables, nés dans la montagne, ils savent se confondre avec elle, utiliser les grottes et les éboulis. Ils ont une longue tradition de guérilla et jamais personne n’en est venu à bout.

L’accrochage aura lieu dans la nuit et ce sont les Chaouïas qui attaquent !!!
Cherchant à rompre le bouclage qui se met en place. 3 paras sont blessés les hors la loi perdent 6 tués et 10 blessés.
Bigeard ordonne une contre attaque immédiate.
Le 8 juin au petit matin, les paras ont pris l’avantage, mais les combats s’éterniseront encore durant deux jours. Il faut déloger les fells « à la fourchette » de leurs caches et des trous dans lesquels ils se planquent.

Le bilan sera lourd : 2 morts et 16 blessés parmi nous, 56 tués une centaine de blessés et 6 prisonniers chez eux.

Le 16 juin, nouvel accrochage. Bigeard sera de nouveau blessé, d’une balle
en pleine poitrine, en donnant l’assaut à un marabout fortement tenu.

Retour en Lorraine pour une convalescence, le 14 juillet à Paris, il est nommé grand officier de la légion d'honneur par le président Coty.

Arrivé à ce moment du récit, je me rends compte que je deviens long, je vais donc essayer d’être plus bref. Mais comment résumer en quelques phrases, ces heures de crapahut, sous un soleil de plomb ou au contraire dans une neige et une bise glaciale. Ces moments de souffrance, où l’on ne marche que parce qu’il faut marcher, ces moments de combats, brefs, furieux et intenses, faits de bruit et de poussière…

Août 56, de retour à Bône avec son régiment dans les Nementchas, nouvelles missions, nouveaux accrochages avec les rebelles, nouvelles victoires.

Le 5 septembre en faisant son footing quotidien sur les quais du port de Bône, il est victime d’un attentat.
Trois terroristes lui tirent dessus, par derrière, le bras droit éclaté, une douleur au foie, et à la tête, il se relève, pas armé, fait face à ses adversaires et fonce sur eux, qui préfèrent détaler. La baraka Bigeard continue. Mais il ne fera pas la campagne de Suez.

De janvier à mars 57 ce sera, la grève brisée, la guerre aux tristes assassins poseurs de bombes, dans Alger. La sécurité de la ville restaurée, il repart dans les massifs du sud de Blida. Avril verra les opérations "Atlas et Agounnenda".

Au mois de juillet, retour à Alger où les attentats ont repris, tout le travail est à refaire. Au mois d’août 90% des terroristes auront étés arrêtés.
Septembre, retour aux opérations héliportées.
Novembre sera la découverte du désert à Timimoun, 1750 hommes, 11 avions, 6 hélicos, et la destruction des rebelles qui tentaient une attaque
contre les compagnies pétrolières.
Ce sera aussi la mort de Sentenac le 21

Février 58 c’est avec le grade de colonel et avec tristesse qu’il quitte son «
Barnum Circus » en le laissant aux mains de Trinquier.
« Je vous quitte…La vie est ainsi faite…On a toujours très mal lorsque l’on
perd un être cher. Inutile d’épiloguer : vous savez la place que vous occupez dans mon âme et dans mon cœur. Vous étiez ma vie, ma joie, mes espoirs…76 de vos camarades ont été tues, 22 ont été blessés, que leur sacrifice ne soit pas vain Où que nous soyons, restons dignes d’eux.

Sans perdre une arme, le régiment a obtenu les résultats les plus brillants,
1600 rebelles tués, 1600 prisonniers, 1920 armes saisies dont 950 de guerre. Il a effectué le cycle complet de ce que l’on peut demander à une unité en AFN.

Je n’entendrai plus vos chants au lever du jour. Je ne vous verrai plus défiler conscient de votre force tranquille… Je m’arrête, vous allez me faire pleurer … » Fut son discours d’adieu.

Le 1er avril départ pour Toul, le 20 retour en Algérie où, à la demande de
Chaban Delmas il crée le Centre d'Entraînement à la Guerre Subversive à
Jeanne d’Arc, près de Philippeville.

Vint le 13 mai 58… Et le fameux « Je vous ai compris »…

En juin, une interview donnée à Lartéguy le fait sanctionner, pour avoir critiqué l’armée, Bigeard est « viré » d’Algérie.

En décembre 58 il rejoint Saida dans le sud oranais. Sous ses ordres le 8e
régiment d’infanterie motorisé, le 14e bataillon de tirailleurs algériens, le 23e
spahis. Rien à voir avec son 3. Bigeard fait venir quelques « pointures » de son ancien régiment pour « remuer tout ça »
Le lieutenant Grillot constituera un commando de fells ralliés sous le nom de « Commando Georges ».

Le 27 août 59, il reçoit De Gaulle à Berthelot, lorsqu’il quitte le secteur en fin d’année, les rebelles ont perdu 540 tués et 430 prisonniers.

Il prend le commandement de trois secteurs Ain-Sefra-Méchéria-Géryville 15000 hommes sont sous ses ordres et le général Gambiez le propose pour le grade de général de brigade…

Lors des barricades en 60, il fait peur et est muté à Oran pour prendre un Nord direction Paris, bien qu’il ne fasse partie d’aucun complot, même s'il comprend les mutins.

Après cinq mois de permission forcée à Toul, il prend le commandement du 6e régiment interarmes outre-mer (RIAOM) en Centrafrique de juillet 1960 à janvier 1963 où le président Dako le fait commandeur du mérite Centrafricain.

De juin 63 à juin 64 il est auditeur libre à l’école supérieure de guerre…Il faut bien qu’il apprenne un jour à la faire…

En Août 64, il prend le commandement de la 25e puis de la 20e brigade
aéroportée.
Sa nomination au grade de général de brigade intervient en 66

En février 68 il devient commandant supérieur des forces terrestres de Dakar, où il relève Langlais
Octobre 70, il est mis à la disposition du chef d’état major de l’armée de terre à Paris,
D’août 71 à février 73 il prend le commandement supérieur des forces françaises du sud de l’océan indien, le 1er décembre on lui accroche sa
troisième étoile.

Le 11 février accident de parachute, fautif le général Bigeard. Lors d’un saut en mer, s’est dégrafé et accroché à la fessière à cinquante mètres – interdit, lui avait dit son moniteur, lors de son brevet- et ce fut la chute. Résultat : 3 côtes cassées, un poumon touché, une cécité temporaire partielle, et surtout le commandant en chef au tas, pour au moins un mois.

C’est pas sérieux, mon général, si je puis me permettre…

Il occupe ensuite la fonction de deuxième adjoint du général d'armée Usureau, gouverneur militaire de Paris au camp des Loges à Saint-Germain.
Et est nommé général de corps d’armée, Commandant de la 4° région militaire à Bordeaux le 1er mars 74.Jusqu’en février 75 il aura donc sous ses ordres, 40 000 hommes dont 10 000 paras. Il visitera de nombreux régiments, particulièrement à la 11e division parachutiste qui lui teint à cœur.
En septembre 1975 il est fait grand-croix de la légion d'honneur.

Mars 1975 à août 1976 il sera nommé secrétaire d'état à la défense par le président M. Giscard d'Estaing

Le 4 août 1976, il donne sa démission de général de corps d'armée. À l'âge de 60 ans

Député de Meurthe-et-Moselle de 1978 à 1988,

Président de la commission de la défense nationale de 1978 à 1981

Il vit désormais en retraité dans sa maison de Toul, tout en restant attentif aux événements de notre époque et à la vie des armées.



Le Général Bigeard est l'officier le plus décoré de l'Armée Française :


Grand -croix de la légion d'Honneur
Vingt cinq citations dont 17 palmes sur les croix de guerres 39/45, des TOE et de la valeur militaire.
Médaille de la Résistance
Médaille des blessés (cinq blessures de guerre)
La Distinguished Service Order Anglaise
Grand Officier du Mérite Sénégalais
Grand Officier du Mérite Togolais
Grand Officier du Mérite Comorien
Grand Officier du Mérite Saoudite
Commandeur Américan Légion
Officier du Million d’éléphants du Laos


Pour les principales

J'espère ne pas avoir été trop long, mais il aurait encore tant à dire sur ...Marcel

 

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Published by union nationale des parachutistes de thionville - dans Articles sur le général Bigeard et son épouse Gabr
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